Jabotinsky
JABOTINSKY Vladimir Zeev
(1880 - 1940)
Né à Odessa en 1880. Contrairement à tant d'autres, il n'a
pas grandi dans une atmosphère juive, traditionnelle mais
néanmoins dans l'amour de la langue hébraïque. Odessa en
effet, était alors avec Vilna et Varsovie, un des centres
d'épanouissement de la littérature hébraïque moderne. Et
pourtant ses études, il les fit déjà en russe.
En 1898, il est à Rome et l'Italie nouvelle, née des
guerres de Garibaldi, fut pour lui une révélation : il lit
avec avidité Mazzini, Leopardi, Giusti, d'Annunzio. Rentré
à Odessa, il se signale dans les revues littéraires russes
par son talent élégant. Il signe de son pseudonyme
"Altalena".
En 1903, c'est la nouvelle vague de pogromes dont celui de
Kishinev. Le jeune Vladimir n'hésite plus, il se lance dans
l'action sioniste au grand regret de Maxime Gorki, le grand
écrivain russe, qui admirait le talent du jeune homme. II
rejoint la rédaction du bulletin sioniste de langue russe
Razsviet, et ses articles d'alors sont une
révélation en raison de l'éloquence vibrante et le sens
polémique qui les animent.
Au 6e Congrès Sioniste, avec Ussishkin et Borokhov,
c'est le front des anti-ougandistes : l'Etat juif ne peut
se réaliser qu'en Terre d'Israël et non pas dans un
territoire d'Afrique. Son article sur ce sujet est devenu
un classique.
En 1914-1918, il entrevoit la défaite turque. Avec Yossef
Trumpeldor et Pinhas Rutenberg, il essaie de créer la
Légion Juive qui finit par être constituée et où il
s'enrôle comme simple soldat, ce qui ne l'empêche pas
d'être vite nommé lieutenant. II se distingue dans la
conquête d'Es-Salt en Transjordanie (1917). Il entre
néanmoins en conflit avec les autorités militaires
britanniques qui veulent démobiliser la légion parce qu'ils
la trouvent trop encombrante.
En 1920, il est à la tête de l'auto-défense à Jérusalem,
lors des troubles entre Arabes et Juifs. Les Anglais
considèrent que son action outrepasse ce qui est admissible
à leurs yeux et ils le condamnent à 15 ans de forteresse à
Acco, ce qui soulève l'indignation de tous. Aussi est-il
libéré le 8 Juillet de la même année.
Il participe alors à la direction sioniste comme allié
de Weizmann, mais en 1923, il s'écarte, indigné par le fait
que les Britanniques ont cédé, en 1922, la Transjordanie à
1'émir Abdallah Ibn Hussein, le grand père du roi Hussein
d'aujourd'hui. II s'insurge contre le fait que la direction
sioniste s'est inclinée devant cette décision britannique.
Il crée, en 1925, le Parti Révisionniste et entre en
lutte ouverte contre le mouvement ouvrier. Depuis lors,
c'est une opposition déclarée. Aimant l'apparat
nationaliste du genre italien, Jabotinsky est traité de
fasciste, et certains de ses adeptes se considèrent comme
tels ouvertement, mais il ne faut pas oublier que c'était
au temps où le régime fasciste de Mussolini n'avait pas
encore opté pour l'antisémitisme.
L'assassinat toujours resté mystérieux du dirigeant
sioniste socialiste Haïm Arlozoroff en 1933, que beaucoup
considèrent comme un attentat politique révisionniste, crée
une atmosphère insoutenable au sein du Mouvement sioniste.
En 1936-1939, ce sont les troubles qui ensanglantent la
Palestine britannique. La Hagana résiste et protège,
mais Jabotinsky exige "une opposition active et agressive
contre les groupes armés arabes". II crée alors l'Irgoun
Tzevai Leoumi ("Organisation Militaire Nationale") qui
se détache entièrement de la Hagana.
La guerre de 1939-1945 le prend au dépourvu. Il ne peut
plus aller voir les masses juives de Pologne occupée
aussitôt par les nazis. Il voudrait créer une armée juive,
mais il meurt subitement à New York en 1940. En 1964, sa
dépouille mortelle est amenée d'Amérique à Jérusalem et il
est inhumé au Mont Herzl.
Contrairement à ce qu'on en a dit, Jabotinsky n'avait
envers les Arabes ni haine, ni mépris. Il comprenait avec
la plus grande lucidité qu'un sentiment national puisse
les animer, mais pensait qu'il fallait les amener à
accepter notre présence dans la région comme un fait
inéluctable et c'est pourquoi il exigeait le recours à la
force.
Le parti Hérouth (au sein du Likoud) et ses chefs considèrent
Jabotinsky comme leur maître spirituel.
Son oeuvre littéraire : Elle s'étend aux langues hébraïque,
russe, yiddish, anglaise, française, italienne; articles
polémiques, discours et proclamations, poèmes et
traductions en hébreu d'Edgar Poe, Verlaine, Dante,
traduction de Bialik en russe, romans (Samson,
Eux cinq), drames (Vivre à l'étranger,
Religion, etc.), autobiographie. De plus, Jabotinsky
s'est employé à trouver un système de transcription de
l'hébreu en caractères latins.
L'image de Jabotinsky qui reste, c'est celle du chef
incontesté du sionisme nationaliste intransigeant. On peut
accepter sa voie, on peut l'épouser avec enthousiasme, on
peut la contester, ce qui reste c'est le titan, artiste
jusqu'au bout des ongles, qui a su vivre sa conception du
monde sans compromission l'homme d'état sans État et sans
mandat pour le créer, le héros malheureux grandiose qui
nous a éclairé sur bien des réalitéous concernent
auquel même ses adversaires rendent un hommage ému.
Source : Voir Israël, vivre Israël, Eliahou
Eilon, Département Jeunesse et Hehaloutz, 1984.
14/12/97
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Created: 14/12/97 Updated: 18/12/97